Pourquoi Nathanaël148 ?

Nathanaël, c’est avant tout une figure biblique. Il apparaît à deux endroits de la Bible, dans l’Evangile de Jean (en 1, 45 à 51 et en 21, 2). Nathanaël est, selon Jean, un des douze disciples du Christ. Mais Jean est bien le seul à nous fournir cette information. D’ailleurs, Jean est le seul à fournir bon nombre d’informations. C’est sans doute pour cela que c’est spontanément vers lui que mes yeux se tournent lorsque j’ouvre le Nouveau Testament (qui, du reste, a souvent tendance à m’ennuyer) : Jean est une sorte de passant considérable de la Bible (pour reprendre l’expression que Mallarmé appliquait à Rimbaud pour la poésie), une espèce d’ »aérolithe » biblique (pour reprendre un oxymore cher à Huysmans).

Nathanaël signifie en hébreu « don de Dieu », non pas que le disciple soit un cadeau du Seigneur, mais bien qu’il ait reçu de celui-ci ce don si particulier et si intime qu’est la Grâce, c’est-à-dire la rencontre privilégiée avec Dieu par l’intermédiaire de ses anges qui « montent et descendent sur le Fils de l »homme » (Jean 1, 51 et Gn 28, 12).

L'échelle de Jacob

William BLAKE, L’échelle de Jacob

« Parce que je t’ai dit que je t’ai vu sous le figuier, tu crois » (Jean 1, 50) dit Jésus à Nathanaël alors que ce dernier, informé par Philippe de la venue de « celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé » (Jean 1, 45), doute de sa paternité. Cet épisode du figuier est un épisode qui n’existe pas – ce n’est pas un épisode textuel, et c’est précisément parce qu’il n’existe pas, parce qu’il est absent aux yeux de tous et présent aux seuls yeux du Christ que Nathanaël sait que l’homme qu’il a devant lui est véritablement le Fils de Dieu. C’est parce qu’ils partagent ensemble un mystère intime que leur relation est privilégiée et unique. C’est parce qu’elle semble née de l’Absence que la Grâce qui touche Nathanaël est belle et véritable ; car la Grâce ne se manifeste pas au son des grandes orgues et des trompettes (elle laisse cet orchestre aux Jours de Colère) mais au creux de chacun d’entre nous dans un « son de fin silence » (1 R 19, 12).

Ainsi, Nathanaël se fait le porte-parole d’une conception neuve de la Parole de Dieu. Une conception tout à fait propre à l’Évangéliste Jean ; un Verbe johannique que l’on pourrait qualifier par ce qu’il ne dit pas, ou, mieux, parce qu’il ne dit pas.

0 commentaire à “Nathanaël148”


  1. Aucun commentaire

Laisser un commentaire


<blockquote>C. Duran Obsession</blockquote>

<blockquote>C. Duran Obsession</blockquote>

Un son de fin silence (1 R 19, 12)

Il est mental, le temple, et le sanctuaire est spirituel. Il n'est pas d'autre temple, pas d'autre sanctuaire. Et en celui-ci ne souffle qu'un soupir de silence

Sylvie GERMAIN, Les échos du silence, Paris, Albin Michel, 2006, p. 51

Archives


créations |
L'ArtBlog de Danièle Gouby |
auch |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Jungle Draws
| Girandole
| .mOse.